Il n’y a pas de mots pour en parler mais surtout pas d’oreilles pour écouter !

Plonger dans la réalité des violences sexuelles, c’est entrer dans le cercle de l’enfer. Des actes souvent proche de la torture. C’est aussi l’enfer des menaces, de l’emprise psychologique, de l’incompréhension qui rend fou, du silence qui emmure. Un enfer qui hante. Un enfer qui salit. Un enfer dont personne ne voudrait jamais avoir à être ni la victime, ni le témoin, ni le confident.

« La révélation entraîne un tel stress émotionnel chez la personne qui reçoit la parole des victimes qu’elle met souvent en place des systèmes de protection d’une efficacité redoutable », explique la psychiatre et psychothérapeute Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.
Alors, pour nous protéger de cette réalité insoutenable, inimaginable, inaudible, nous nous barricadons derrière le déni, la minimisation, la remise en cause de la parole des victimes.
Et, en attendant, nous les abandonnons à leur sort.

Aujourd’hui, le constat est présent : nous ne protégeons pas nos enfants des prédateurs sexuels ! Par lâcheté. Par peur. Par méconnaissance. Ou, pour certains, parce que nous sommes trop empêtrés dans nos propres traumatismes.

Vous pensez que j’en fais trop, je dramatise me direz-vous ?

Les chiffres sont éloquents :

– près de 130 000 filles et 35 000 garçons subissent des viols et des tentatives de viols chaque année en France (estimation à partir des enquêtes de victimisation CSF, 2008 ; ONDRP 2012-2017 ; VIRAGE 2017), « Une estimation largement sous-estimée », assure Muriel Salmona

– dans 94 % des cas les violences sexuelles sont commises par quelqu’un de l’entourage proche (enquête Virage 2017)

85% des victimes de violences sexuelles rapportent n’avoir jamais été protégées, ni reconnues (ni par la police, ni par leurs proches) et à peine 1 % des agresseurs sont condamnés pour viol. (IVSEA, 2015).

Innommables pour les enfants, les violences sexuelles sont souvent insupportables à entendre pour les adultes. Au refus d’intégrer que de telles violences puissent avoir lieu dans des espaces normalement protecteurs (l’école, le cercle familial…) s’ajoute l’horreur face à l’irreprésentable.
Si bien que les adultes minimisent « C’était juste un touche pipi ! On est tous passés par là, c’est rien, ça va ! Pourquoi TOI tu en ferais tout un pataquès ?!! ».
Pourtant, qu’elle soit qualifiée de crime (comme le viol et l’excision) ou de délit (comme les attouchements, l’exhibition, le harcèlement, l’exposition aux images pornographiques…), aucune agression sexuelle n’est admissible !

Il est important de rappeler qu’il y a traumatisme à partir du moment où l’événement est vécu gravement dans sa représentation par la personne. La blessure est singulière et vécu différemment par chaque victime.

Et si les Français sont 95% à reconnaître que les violences sexuelles envers les enfants sont graves (enquête Ipsos pour l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, 2016), et sont tous d’accord que les violeurs, les incestueurs, les pédocriminels doivent être fermement condamnés, ce positionnement n’est valable que pour certaines violences sexuelles, celles qui ne toucheraient pas des personnes proches, ni des victimes et des agresseurs connus.

En résumé, les crimes et les délits sexuels existent mais « pas dans notre entourage, pas chez nous, pas dans notre famille, pas sur nos proches, pas dans nos institutions, pas chez ceux que nous côtoyons et encore moins chez ceux que nous admirons… ».
Or les crimes et les délits sexuels sont uniformément répandus dans tous les milieux socio-culturels sans exception, et sont le fait de proches dans la très grande majorité des cas (94%), comme nous l’avons vu précédemment (IVSEA, 2015).

Pour sortir du déni, de la loi du silence, pour lutter contre l’abandon où sont laissées les victimes, pour qu’elles soient enfin protégées, écoutées, pour qu’elles puissent accéder à des soins et à une justice, il faut :

ne plus tolérer les violences sexuelles quelles qu’elles soient ;

offrir une écoute disponible et attentive à toute personne possiblement victime ;

informer encore et encore sur la réalité des violences sexuelles et sur leurs conséquences, faire de la prévention dès le plus jeune âge ;

former tous les professionnels de santé prenant en charge les victimes (spécifiquement en victimologie et traumatologie) ;

– mettre en place une offre de soin adaptée et accessible à toutes les victimes ;

identifier les victimes sans attendre qu’elles viennent parler mais en recherchant auprès de toutes les personnes si elles ont subi ou si elles subissent des violences sexuelles (en leur posant régulièrement la question)

Alors vous aussi vous pouvez faire changer les choses, c’est à vous de décider d’être l’oreille prête à écouter ou non. Aidez-les. Et surtout aidez-vous.

Dans le cas où des violences sexuelles se produiraient devant vous, je vous invite à consulter les guides suivant rédigés par Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie :

Conduite à tenir si vous êtes témoin ou proche d’une victime de violences sexuelles

Comment parler à un enfant : Pourquoi en parler aux enfants ? Comment leur en parler ? Comment mieux les protéger ? Avril 2015

Accompagner un enfant victime : Comprendre, soutenir et accompagner l’enfant victime, Avril 2015

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