Qu’est-ce que le viol ?

En France, « Le viol est défini par le Code pénal (article 222-23) comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. C’est un crime passible de la cour d’assises.
On distingue le viol des autres agressions sexuelles à travers l’existence d’un acte de pénétration qui peut être vaginale, anale ou buccale. Cet acte peut être réalisé aussi bien avec une partie du corps (sexe, doigt…) qu’avec un objet. »

Mais qu’est-ce que « le viol » réellement ?

Le viol est une effraction physique et psychique. Le viol salit au plus profond de l’intime. Le viol humilie. L’atteinte à la dignité génère chez les victimes un sentiment de mort psychique, elles se perçoivent comme des « mortes-vivantes », réduites à des objets, comme si elle flottait au-dessus d’un corps qui n’était plus le leur. Le viol est un acte déshumanisant dont les victimes doutent se remettre un jour.

Janet (philosophe, psychologue et médecin, figure majeure de la psychologie française du XIXe siècle) puis Freud (médecin et fondateur de la psychanalyse) ont utilisé la métaphore chirurgicale du traumatisme afin de le décrire tel « un impact extérieur pouvant déchiqueter les enveloppes du Moi et altérer durablement le monde psychique intime ». L’individu est ainsi déchiré. Sa vulnérabilité est acquise pour le restant de sa vie. Lorsqu’un événement rappellera la blessure, la personne sera plus sensibilisée.
Freud parle de la métamorphose du vase fêlé : un nouveau choc le casserait alors plus facilement et selon les traces de son développement antérieur. Le corps garde, en lui, une mémoire de la blessure. Une blessure marque une rupture dans la trajectoire de vie en entrainant des bouleversements existentiels.

« Elle ne s’est pas défendue, n’a pas crié, n’a pas fui, elle n’a pas montré qu’elle n’était pas consentante ». La sidération paralyse la victime et l’empêche de crier, de se débattre ou de fuir. La dissociation traumatique déconnecte la victime de ses émotions, annihile sa volonté et ses désirs, l’anesthésie, l’empêche de prendre la mesure de ce qu’elle subit puisqu’elle paraît tout supporter avec indifférence. Les conduites de survie telles que les conduites d’évitement, de contrôle, et les conduites dissociantes (addictions à l’alcool, à la drogue, au sexe, mises en danger, etc.) que doivent mettre en place les victimes pour s’anesthésier permettraient de comprendre le pouvoir de soumission, de mise sous emprise, de colonisation et de destruction de ceux qui commettent des violences sexuelles. Pour l’éviter, comme dans un circuit électrique en survoltage qui risque de faire griller tous les appareils branchés, la seule solution va être de faire disjoncter le circuit émotionnel, pour se déconnecter. Cette disjonction se fait, entre autres, avec la sécrétion d’un cocktail de substances produites par le cerveau assimilables à de la morphine et de la kétamine. Ce mécanisme de sauvegarde exceptionnel permet d’échapper à un risque d’arrêt cardiaque et de graves atteintes neurologiques.

Ne pas dire non, ne pas réagir ne signifie nullement que la victime soit consentante. Le consentement doit être éclairé et libre, le trauma annihile la liberté et les capacités de discernement de la victime.

Sous le prétexte qu’elles s’exercent sous couvert de la sexualité, du couple, de la famille, les violences ne seraient pas si graves. Ces violences seraient même normales du côté des agresseurs, inhérentes à la sexualité, voir même des preuves d’amour. La sexualité ou la conjugalité sont des univers où de façon étrange, on accepte l’idée qu’une personne pourrait aimer être forcée (croyez-moi je l’ai souvent entendu, encore plus avec l’omniprésence de la pornographie actuelle), céder à des pressions, subir des violences par masochisme, être humiliée et dégradée, et renoncer à sa dignité, à son intégrité physique et mentale et à sa liberté.
Or, les violences sexuelles n’ont rien à voir avec un désir sexuel ou une tentative de séduction, ni avec des pulsions sexuelles. Les violences intrafamiliales sexuelles (inceste, viols conjugaux) n’ont rien à voir avec de l’amour. Désirer et aimer ne signifie pas posséder ou instrumentaliser pour son propre compte. Il s’agit avant tout de dominer et d’exercer sa toute-puissance dans le cadre d’une prise de possession du corps d’autrui, d’une érotisation de la haine et de la violence, et d’une jouissance de la souffrance de la victime. Il lui signifie aussi que son corps ne lui appartient plus, qu’il est devenu un objet dont il prend possession et sur lequel il a tout pouvoir.

Ces aspects rendent les violences sexuelles encore plus destructrices, c’est pourquoi elles sont aussi utilisées comme des armes de guerre, d’oppression, de répression par la terreur, comme cela a été le cas avec les viols systématiques de femmes bosniaques, kosovares ou tutsies, qui ont été reconnus comme crime contre l’humanité pour la Bosnie et le Rwanda, ou plus récemment, en Syrie.

Après avoir lu cet article vous pensez savoir ce que les victimes de viol ressentent ? Les victimes de viol (si elles en ont conscience) se ressentent comme des survivantes aux vies fracassées que personne ne comprend. C’est ça le viol. Des vies fracassées. Des victimes incomprises. Des victimes inconnues. Des victimes qui n’en ont pas conscience. La société entretient cette culture. Cette culture du viol. Mais la société c’est vous. Vous pouvez changer les choses. Vous pouvez aider.


Ci-dessous un rappel des numéros utiles quand on est victime ou témoin de violences. Il n’y a pas de « petite violence ». Il n’y a pas de violences moins graves que d’autres. Appelez.

• Le 17 : numéro d’urgence pour joindre la gendarmerie ;

• Le 115 : pour être hébergé en urgence ;

• Le 119 : pour les enfants en danger dans le cadre des violences intra-familiales ;

• Le 39 19 : le numéro national d’écoute, il ne s’agit pas d’un numéro d’urgence ;

• arretonslesviolences.gouv.fr pour un signalement en ligne ;

• Le 114, par SMS : depuis le 1er avril, ce numéro d’alerte par SMS a été mis en place par le ministère de l’Intérieur pour signaler les violences lorsque l’on ne peut pas sortir de chez soi, ni faire de bruit. Les sourds et malentendants peuvent également s’en servir.

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